Une étude consacrée au mauvais usage des médicaments au Zimbabwe relance une inquiétude ancienne : certains petits éleveurs utiliseraient des traitements antirétroviraux destinés aux personnes vivant avec le VIH pour faire grossir leurs poulets plus rapidement.
Cette affirmation spectaculaire doit cependant être présentée avec prudence. Les chercheurs n’ont pas directement observé des élevages administrant ces médicaments aux volailles. Leur publication repose principalement sur des ateliers et des discussions avec des professionnels de santé invités à réagir à des scénarios décrivant l’utilisation d’antirétroviraux dans l’élevage.
Des médicaments humains détournés vers les élevages ?
L’étude s’intéresse à ce que ses auteurs appellent la « redistribution des antimicrobiens ». Cette expression désigne le déplacement de médicaments hors de leur usage normal : partage de traitements entre proches, administration de produits humains à des animaux ou rejet de substances pharmaceutiques dans l’environnement.
Lors d’ateliers organisés dans des hôpitaux de Harare, des participants ont évoqué le cas de petits éleveurs qui donneraient des antirétroviraux à leurs poulets dans l’espoir d’obtenir des animaux plus gros en moins de temps.
Les chercheurs associent ces comportements présumés aux difficultés économiques des producteurs, à l’accès limité aux services vétérinaires, au manque d’information sur l’usage approprié des médicaments et à la recherche d’une rentabilité rapide.
Une pratique signalée, mais pas formellement prouvée
Les rumeurs concernant des poulets nourris avec des antirétroviraux circulent au Zimbabwe depuis plus d’une décennie. En 2015, le National AIDS Council avait enquêté après la diffusion de témoignages similaires.
À l’époque, l’organisme avait déclaré ne pas avoir trouvé de preuve permettant d’identifier des éleveurs pratiquant réellement cette méthode. Les services vétérinaires avaient également indiqué ne disposer ni de cas officiellement documenté ni de statistiques fiables.
La nouvelle étude ne constitue donc pas une confirmation expérimentale. Elle montre surtout que cette pratique est perçue comme plausible ou préoccupante par certains professionnels de santé. Ses auteurs soulignent eux-mêmes le besoin de recherches supplémentaires.
Quels seraient les risques pour la santé ?
Les antirétroviraux sont conçus pour traiter ou prévenir l’infection par le VIH chez l’être humain. Ils ne sont pas des produits destinés à accélérer la croissance des volailles.
Leur administration à des poulets sans contrôle vétérinaire pourrait entraîner une mauvaise utilisation de médicaments essentiels. Elle pourrait aussi priver des patients de leur traitement si les comprimés sont détournés des circuits médicaux.
Les professionnels interrogés s’inquiètent également d’une éventuelle présence de résidus médicamenteux dans la viande et des conséquences environnementales liées aux déjections animales. Cependant, les effets précis de la consommation de poulets ayant reçu des antirétroviraux n’ont pas encore été établis par des études solides.
Il serait donc prématuré d’affirmer que cette viande provoque directement le cancer ou une résistance aux médicaments contre le VIH. Ces hypothèses nécessitent des analyses toxicologiques et microbiologiques spécifiques.
Le Zimbabwe renforce la lutte contre le mauvais usage des médicaments
La question s’inscrit dans un problème plus vaste : l’utilisation excessive ou inappropriée de médicaments dans l’élevage. Au Zimbabwe, le manque de services vétérinaires et le coût des mesures préventives peuvent pousser certains producteurs à utiliser des médicaments hors indication.
Des programmes soutenus par la FAO encouragent désormais la biosécurité, l’assainissement des poulaillers, la surveillance des maladies et l’accompagnement vétérinaire. Ces mesures permettent de maintenir les volailles en bonne santé tout en réduisant le recours inutile aux traitements.
Ce qu’il faut retenir
L’existence de quelques cas isolés ne peut pas être totalement exclue, mais les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que les éleveurs zimbabwéens donnent massivement des médicaments contre le VIH à leurs poulets.
L’étude constitue surtout un signal d’alerte sur la circulation incontrôlée des médicaments et sur la nécessité d’améliorer la formation, la biosécurité et l’accès aux soins vétérinaires.
Sources
- JAC-Antimicrobial Resistance
- The Herald Zimbabwe
- Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture