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Afrique

CEDEAO–Mali : les premiers signes d’un dégel après la visite de Diomaye Faye

Alpha Diallo 4 min de lecture 7 vues

Entre la CEDEAO et le Mali, le silence durait depuis deux ans. Il a été rompu le 28 juillet 2026 à Bamako, quand Bassirou Diomaye Faye — investi neuf jours plus tôt à la tête de l’organisation — a franchi les portes du palais de Koulouba. Personne ne parle encore de retour. Mais plus personne ne parle de rupture définitive.

CEDEAO et Mali : pourquoi cette poignée de main compte

Depuis le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger, en janvier 2025, les échanges entre l’organisation ouest-africaine et les trois capitales sahéliennes s’étaient réduits à la portion congrue. Douanes, circulation des personnes, dossiers consulaires : l’essentiel transitait par des canaux techniques, rarement par le sommet de l’État.

La séquence du 28 juillet casse ce schéma. Pour la première fois depuis la rupture, un président en exercice de la CEDEAO est accueilli à Bamako avec les honneurs militaires. Le geste relève du protocole ; dans une région où la diplomatie se lit d’abord dans les images, il vaut déclaration d’intention.

Deux ans de bras de fer entre la CEDEAO et le Mali

Le contentieux s’était noué autour du calendrier de transition, après les coups d’État de 2020 et 2021. Il avait culminé avec l’embargo commercial et financier imposé à Bamako en janvier 2022, levé six mois plus tard. Le 28 janvier 2024, les trois États sahéliens annonçaient leur retrait ; celui-ci est devenu effectif un an après, jour pour jour.

Entre-temps, l’Alliance des États du Sahel (AES), née en septembre 2023 et transformée en confédération à Niamey en juillet 2024, s’est structurée : force conjointe, projet de banque d’investissement, passeport commun. Chaque brique posée rend un retour en arrière plus coûteux politiquement pour Bamako, Ouagadougou et Niamey.

Le Sénégal, seul interlocuteur crédible entre la CEDEAO et le Mali

Dakar n’a jamais coupé le fil. Le Sénégal a refusé de s’associer aux mesures les plus dures et Bassirou Diomaye Faye a été désigné, avec le Togolais Faure Gnassingbé, facilitateur de la CEDEAO auprès des trois pays de l’AES dès 2024. Deux ans plus tard, ce rôle d’intermédiaire lui revient avec un titre : celui de président en exercice.

La configuration est inédite. Deux Sénégalais occuperont bientôt les postes clés de l’institution : Diomaye Faye à la présidence tournante depuis le 19 juillet 2026, et le général Birame Diop à la tête de la Commission à partir du 1er septembre 2026. Une fenêtre d’un an pour tester si le dialogue entre la CEDEAO et le Mali peut produire autre chose que des communiqués.

La sécurité, dossier qui oblige les deux camps à se parler

À Koulouba, l’essentiel de l’entretien a porté sur le Sahel. Le chef de l’État sénégalais a présenté les condoléances de son pays après les pertes subies par l’armée malienne dans le nord du pays, dénonçant des actes « odieux, lâches et barbares ». Il a défendu l’idée que les groupes armés exploitent d’abord les fractures entre États, et que la riposte doit être mutualisée.

L’argument porte, parce qu’il touche les deux parties. Les zones frontalières sénégalo-maliennes de Kayes et de Tambacounda sont exposées, et la profondeur stratégique de Dakar dépend en partie de la stabilité de son voisin. Ici, la coopération n’est pas une faveur diplomatique : c’est un intérêt partagé.

Trois scénarios pour la relation CEDEAO-Mali

  1. Le statu quo aménagé. Pas de retour, mais des accords ponctuels sur le commerce, les transports et le renseignement. Le scénario le plus probable à court terme.
  2. Un partenariat formalisé. Un cadre CEDEAO-AES négocié, sur le modèle des accords d’association. Techniquement faisable, politiquement délicat des deux côtés.
  3. Le retour du Mali dans la CEDEAO. Peu vraisemblable tant que la confédération sahélienne consolide ses institutions.

Aucun accord n’a été signé le 28 juillet. C’est précisément ce qui rend la visite intéressante : elle n’achète rien, elle rouvre un canal.

Questions fréquentes sur la CEDEAO et le Mali

Le Mali est-il encore membre de la CEDEAO ?

Non. Le retrait, annoncé en janvier 2024 avec le Burkina Faso et le Niger, est effectif depuis janvier 2025. L’organisation compte aujourd’hui douze États membres.

Qu’est-ce que l’AES ?

L’Alliance des États du Sahel réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Créée en septembre 2023 comme pacte de défense mutuelle, elle est devenue une confédération en juillet 2024.

Qui préside la CEDEAO en 2026 ?

Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, en assure la présidence tournante depuis le 19 juillet 2026, pour un mandat d’un an.

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